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Le coup de coeur de la semaine

B. LE CALLET, La balade de Lila K, Stock, 2010.

Genre: littérature française.

Résumé : Une jeune femme, sensible et caustique, fragile et volontaire, raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l'ont brutalement arrachée à sa mère et conduite dans un centre moitié pensionnat, moitié prison, où elle a été prise en charge. Surdouée, asociale, polytraumatisée, elle a tout oublié de sa vie antérieure et n'a qu'une idée : retrouver sa mère et sa mémoire perdue.

 

Bébé, Lila K est arrachée à sa mère et enfermée dans un centre éducatif carcéral, où elle bénéficie des conseils d’un psychologue éclairé. Asociale, polytraumatisée, surdouée aussi, considérée comme une "détraquée", Lila a tout oublié de sa vie antérieure mais ne cesse de penser à sa mère qu'elle veut retrouver coûte que coûte, ainsi que sa mémoire perdue. Elle va devoir réapprendre à vivre, émerger du brouillard et recomposer un passé que personne ne peut évoquer puisqu'il n'existe aucun témoin. La ballade de Lila K s'interroge aussi sur les évolutions et les dérives à craindre de notre société. En effet, dans ce monde futuriste, dont les contours se précisent à mesure que l’histoire avance, l’administration a validé la répartition sociologique : les ghettos d’hier sont devenus des zones dont les habitants ne peuvent sortir librement. La technologie a modifié radicalement la sexualité. Mais l’engrenage qui projette les individus du dénuement à la misère, et de la misère à la dépendance, et de la dépendance à la délinquance, fonctionne toujours aussi bien qu’autrefois.

Le ballade de Lila K est à la fois un livre troublant, assurément, sombre et oppressant, mais aussi un beau livre sur l’amour filial et le pardon.

E. DURAND, La Parenthèse, Delcourt, 2010

Vers la fin de ses études, Elodie commence à perdre la mémoire. Pendant plusieurs années, elle s'enfonce dans le sommeil, le vide, le rien. Le temps s'arrête. Que lui arrive-t-il? Où est-elle? Qui est-elle? Quel jour sommes-nous? Une maladie lui ronge le cerveau. Elodie Durand réussit à nous faire vivre de l'intérieur les souffrances de l'épilepsie et d'une lente progression vers le noir absolu de la perte de repères, de la perte de soi sans que cela soit larmoyant. Un album autobiographique qui touche par sa justesse, sa force, sa lucidité et son authenticité, le tout servi par un excellent travail graphique en noir et blanc sur deux époques (intégration d'anciens dessins de l'auteur). La parenthèse a la force du témoignage et s’avère avant tout une formidable leçon de vie. Une lecture saisissante.

Yzac, Adeline, De quelle couleur sera le bébé ? Alice jeunesse 2010.

Un bébé qui arrive.

Un papa noir et une maman blanche. De quelle couleur sera le bébé ?

Il sera couleur de l’amour….   

Une très jolie histoire qui parle du métissage.

Une grande simplicité et un humour tout en finesse

 

G. VAN LINTHOUT, Braquages et bras cassés, Boîte à Bulles, 2010.

Eddy, flic en fin de carrière, avait minutieusement mis au point un vol d’objets d’art religieux. Le plan parfait. Malheureusement, le hasard de la vie et des rencontres va compliquer les choses…

Manu est un malfrat qui rêve de devenir l’ennemi public numéro 1. Sa vie va basculer le jour où sa route croise celle d’Eddy.

Gaz et Dante sont deux glandeurs vivant aux crochets de papa, garagiste magouilleur et alcoolique. Une nuit, ce dernier se fait agresser dans le garage familial: c’est le début des complications…

Voici un polar musclé, jouant avec les codes du genre. Le scénario est en trois parties, offrant autant de points de vue, chronologiquement distincts. Ce procédé n’est certes pas nouveau mais dynamise le récit. Braquages et bras cassés est un polar tout en ambiances, avec de bienvenues pointes d’humour et dont la réalisation millimétrée est un régal. Bienvenue chez les pieds nickelés des temps modernes !

 

Sierra Leone's Refugee All Stars, Rise and Shine, Cumbancha, 2010.

Genre: musique du monde

Sierra Leone's Refugee All Stars est un combo de musiciens sierra-léonais à l'histoire incroyable. 
Durant la guerre civile qui a fait plus de 100 000 morts entre 91 et 2002, les réfugiés se retrouvent dans des camps dans la Guinée Voisine. Là, Reuben M.Koroma et sa femme, musiciens à la ville, entreprennent de distraire leurs compagnons de galère par la musique. Des mélodies qui attirent un, puis tout plein d'anciens musiciens réfugiés eux aussi. Entre 2002 et 2005, avec l’aide de plusieurs ONG, les six musiciens enregistrent leur premier album Living Like a Refugee qui reçoit un accueil très positif partout dans le monde. Aujourd’hui, la bande de Reuben M. Komora et de Francis John Langba revient avec ce Rise & Shine qui « se sert des souvenirs du passé pour promouvoir la paix dans le monde ». Enregistré entre la Nouvelle Orléans et Freetown, capitale de la Sierra Leone, cet album nous emmène en voyage oscillant entre style reggae et sonorités plus traditionnelles.

E. de LUCA, Le jour avant le bonheur, Gallimard, 2010.

Genre : littérature étrangère (Italie)

Résumé : Dans l’immédiat après guerre, un jeune orphelin livré aux rues grouillantes de Naples vit sous la protection du concierge, Don Gaetano. Cet homme généreux et sage va accompagner le parcours de vie du petit garçon puis de l’adolescent. Doté de la capacité à lire les pensées des gens, il sait que son protégé est hanté par l’image d’une jeune fille entraperçue un jour derrière une vitre lors d’une partie de football. Lorsque que la jeune fille revient, des années plus tard, l’adolescent devenu le narrateur aura plus que jamais besoin de l’aide de Don Gaetano.

Que dire si ce n’est que ce livre est éblouissant. Fable initiatique, roman de formation, Le jour avant le bonheur est tout à la fois lumière, ombre, silence, violence, fragilité. Il émeut, touche, enchante. Un pur moment de poésie. Nous n’en dirons pas plus, à vous de découvrir ce petit bijou de littérature !

Crahay, Anne, A qui sont ces culottes ? Alice jeunesse 2010.

 Le roi Dagobert en a assez. Il est si mal culotté qu’il est la risée de son propre royaume ! Il part donc en quête d’une culotte. Sur son chemin, il ne manque pas d’en rencontrer, de toutes les formes et de toutes les couleurs, au point qu’il se demande à qui elles peuvent bien appartenir. Et laquelle choisir ? Celle de l’éléphant, aussi grande que sa maison ? Celle du cochon, au fond en tire-bouchon ? Et lorsque Dagobert décide de s’en emparer, les animaux ne l’entendent pas de cette oreille…

Album à partir de 3 ans.

 

Eddy L.HARRIS, Paris en noir et black, Liana Lévi Genre : littérature étrangère (Etats- Unis). Dans ce récit, Eddy L.Harris nous explique pourquoi il est venu s’installer à Paris: par amour pour cette ville, le mythe qu’elle représente, pour trouver la liberté qu’il ne trouve pas en Amérique. Paris, ville qui fait toujours rêver: les beaux quartiers, l’architecture, les jardins, les terrasses de café, les marchés car la nourriture a la part belle, comme lui a si bien dit son ami Robert Giraud « Quand on mange, on parle cuisine. Quand on ne mange pas on parle cuisine. Quand on ne parle pas de cuisine, on se plaint de tout le reste. C’est ce qui fait de nous des Français. C’est notre caractère national. » Mais cet ouvrage est surtout une réflexion politique, sociologique, sur la différence entre un être noir et noir américain en France. L’identité Black, le racisme, l’exil, la quête identitaire   « À Paris, je suis ce que je ne suis pas dans le pays qui aurait pu être le mien.
À Paris, je suis écrivain – noir, mais écrivain.
À Paris, je suis américain – noir, mais américain.
À Paris, je suis, tout simplement.
Aux États-Unis, je reste avant tout et pour toujours un Noir.
 »
Il tente aussi de comprendre pourquoi un Noir américain est mieux inséré dans notre société française qu'un Noir d'origine africaine et pourquoi les migrants sont ghettoïsés dans notre hexagone. "La France est superbe et je m'y sens merveilleusement bien - mais j'ai toujours mon passeport américain dans ma poche. Par contre, elle n'est pas un paradis pour les autres noirs. Bref, un essai passionnant qui nous interroge sur notre identité et sur la complexité de l’exil. Du même auteur et à la médiathèque : Harlem, Liana Lévi, 2000. Jupiter et moi, Liana Lévi, 2005.

 

 

E. JEPSEN, L'art de pleurer en choeur, Sabine Wespieser, 2010.

Dans ce roman, on voit tout à travers les yeux du narrateur, un petit garçon de 11 ans qui se vante d’être fin observateur. S’il arrive à ouvrir tant les yeux, c’est surtout pou servir son cher papa qu’il admire. Ce père, ce héro, n’est autre que l’un des deux épiciers village, homme autoritaire et dépressif qui met un point d’honneur à ce que les habitants respectent un certain nombre de valeurs morales et religieuses. Lors des enterrements, il ne peut s’empêcher  de faire des oraison funèbres, son fils répète d’ailleurs « il a le pouvoir des mots mon papa», qu’il connaisse ou non le mort. Le but est de faire pleurer les gens (d’où le titre) afin que ces derniers, pour le remercier, se remettent à faire leurs achats dans le magasin. La corrélation funérailles/ profit n’échappe pas à l’enfant qui se met en tête d’échafauder un plan susceptible de mettre son père à l’abri. Il sollicite l’aide de sa sœur Sanne, dépressive, dont l’état varie en fonction de son père, et surtout des agissements monstrueux que celui-ci a envers elle. On bascule vite dans l’horreur. Partant d’un sujet classique, la vie dans un petit village reculé, ce roman noir est un roman puissant. Il y a un effroyable contraste entre la naïveté du narrateur et la gravité des faits. Mais attention, ce n’est pas une tragédie car l’enfant ne comprend pas tout ce qu’il se passe autour de lui et tout ce qu’il entend. On assiste même, du coup, à des situations très drôles qui font que le livre a même un côté complètement déjanté.

Né en 1956 au Danemark, Romancier à succès dans son pays, L’art de pleurer en choeur est le premier des trois romans de E. Jepsen à être traduit en français.

Isabelle COLOMBAT

Quand mon frère reviendra, Le Rouergue, 2010.

Depuis six mois, Lia attend le retour de son frère aîné Philippe, qui a fugué, sans que rien n’ait pu annoncer ce geste. Et puis un jour, la gendarmerie appelle : Philippe a été retrouvé dans le sud de la France, squatteur perdu vivant de mendicité. Si la mère de Lia exulte, la jeune fille reste plus mesurée : que s’est-il passé pour que son frère accepte une telle vie ? Dans quel état d’esprit va-t-il revenir à la maison ?          

Un très beau livre pour les ados mais aussi pour les parents et qui fait réfléchir…

 

Laurent MAUVIGNIER

Des Hommes, Ed. de Minuit 2009     

 

Genre : littérature française   

Des Hommes est découpé en plusieurs séquences intitulées «Après-midi», «Soir», «Nuit» et «Matin». L’ouvrage commence de nos jours lors d’une fête d’anniversaire organisée en l’honneur de Solange. Surgit le frère, un pauvre bougre surnommé « Feu-de-Bois » tant l’odeur de crasse, de vin et de charbon de bois qui émane de lui a effacé Bernard, l’homme qu’il fut autrefois. Son comportement, entre égarement et agressivité raciste, crée le scandale, amenant le narrateur, son cousin Rabut, à se remémorer des souvenirs qu’il a longtemps repoussés, voire reniés. Avec la « Nuit » s’opère un basculement à la fois géographique, temporel et narratif: nous voilà en Algérie quarante ans plus tôt, alors que la guerre bat son plein. Rabut cesse d’être notre guide et témoin pour devenir un protagoniste parmi d’autres, engagé tout comme Bernard au sein d’un conflit qui refuse de s’avouer comme tel. L’emboîtement de narrations donne à Des hommes toute sa puissance et sa subtilité. Si la voix de Rabut domine au début et à la fin du texte, la narration de la «Nuit» fait apparaître une multitude de personnages qui se relaient dans la prise de parole. Ce livre est un livre à la fois terrible et bouleversant sur la guerre qui continue après la guerre et sur les non- dits de la guerre d’Algérie.

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